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Résumé de la conférence de Mohamed Bouhamidi :La fabrication des idoles néocoloniales par:Djawad Rostom Touati

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mercredi, 17 février 2016 13:37

La samedi 06 février 2016 à 14h,s’est tenue à la librairie Fateh Kitab ,Cité des Bannaniers Alger,une conférence débat intitulée « La fabrication des idoles néocoloniales organisée par le collectif « point lecture »et animée par Mr Mohamed Bouhamidi, philosophe

Elle a vu la participation d’une vingtaine d’étudiantes, étudiants et autres, ce collectif se propose d’animer tout au long de l’année un cycle de conférences et invitent tout ceux qui le désirent à se joindre à lui
A cette occasion l’un des animateurs de ce collectif nous fait un résumé de la dite conférence
Nous le livrons aux lecteurs de Raina et nous le remercions vivement pour son envoi
RAINA

La fabrication des idoles néocoloniales

Il est patent, pour l’observateur de la scène médiatique et
culturelle, qu’une stratégie de reconquête par la culture est en train
d’être déployée par les puissances coloniales. Prenons le cas de
l’Algérie et de la France, et voyons en quoi se trahit cette stratégie
à travers ses étapes les plus marquantes :
En 2008 se tient le Salon du Livre de Paris, sous le thème de la
célébration de « la naissance de l’état d’Israël ». La nuance est de
taille : il ne s’agit pas de mettre la culture israélienne à l’honneur,
mais un état, et quel état ! Un état colonialiste et génocidaire.
Alors que certains intellectuels algériens s’insurgent contre cette
manipulation, et appellent au boycott du salon, Bachir Mefti (« 
L’archipel des mouches ») et Maïssa Bey protestent qu’il faut
dissocier culture et politique, et que l’artiste est un citoyen du
monde. Réponse : d’abord, c’est la France qui associe culture (salon
du livre) et politique (un état comme invité d’honneur, et dont on
célèbre la naissance, de surcroit). Ensuite, citoyen du monde signifie
être concerné par toutes les causes du monde, et non être au-dessus
d’elles. « Citoyen du monde » devient ainsi l’alibi à l’indifférence
face à la politique de l’état d’Israël.
L’artiste, citoyen du monde, s’engage sur les quatre grandes causes
du monde : 1) la lutte contre l’esclavagisme ; 2) la lutte contre le
colonialisme ; 2) la garantie des droits fondamentaux ; 4) les libertés.
Or, le statut d’artiste et de citoyen du monde devient le paravent
derrière lequel on plaide l’indifférence à la politique d’un état
colonialiste, qui a réduit le peuple palestinien en esclavage, en lui
déniant sa liberté et ses droits les plus fondamentaux.
La polémique fait écho au Maroc, qui annonce alors le boycott du
salon, suivi de la Tunisie, pour s’étendre vers le monde arabe.
Paraît ensuite « Le Village de l’Allemand », de Boualem Sansal : un
allemand devient maire d’un village algérien, ledit maire est un nazi,
qui se verra chargé par un chef d’état-major algérien de la formation
des officiers de l’ALN. Formés par un nazi, l’état algérien ne peut
être que nazi. Il s’agira donc pour l’Algérie de porter à son tour le
poids du péché nazi, qui ne se peut laver qu’en devenant l’ami de
l’état d’Israël, et en enseignant l’histoire de la Shoah dans les
écoles.
Le village de l’allemand a bel et bien existé, à Sétif : construit au
19ème siècle, c’est un village céréalien, dont les moulins ont été
financés par une banque suisse. Son chef de projet, Henri Dunant, est
le créateur de la Croix Rouge : confondre celle-ci avec la croix
gammée est donc le comble du ridicule.
De plus, le village n’est pas une mairie. Voir : Les faussaires et le débat :
http://bouhamidimohamed.over-blog.c...
Sansal cherche à véhiculer le mythe de l’antisémitisme spontané des
algériens. Or, ce sont les algériens qui ont non seulement refusé la
confiscation des biens des juifs sous Vichy, mais ont aussi défendu
leurs biens laissés vacants, en empêchant leur confiscation. Voir :
Questions juives à l’algérienne :
http://bouhamidimohamed.over-blog.c...
Puis Jean-Pierre Lledo tente de récupérer Henri Alleg, via un film :
"Un rêve algérien", qui défend la thèse de l’Algérie fraternelle
durant l’époque coloniale ; puisque Henri Alleg a été le frère des
Algériens, c’est qu’il existait une Algérie fraternelle durant
l’époque coloniale. Ergo : l’indépendance s’est faite aux dépens de
cette société fraternelle. Or, si l’Algérie était fraternelle du temps
de l’occupation française, pourquoi Henri Alleg, et maint autres
français, ont-ils alors soutenu la Révolution ? (Alleg a d’ailleurs
désavoué Lledo et sa manipulation.)
Il s’agit in fine de réviser la justesse de la cause révolutionnaire,
et de faire le procès de l’Indépendance : méritions-nous
l’indépendance, au regard de ses résultats ? Or, de même que Ben
Belouaïd – à titre d’exemple – n’est pas responsable des actes de ceux
qu’il a laissés derrière lui, la justesse de la révolution algérienne
ne saurait être remise en cause au regard de la corruption des régimes
actuels.
Il apparaît alors que nous sommes en face d’œuvres à thèses politiques :
Thèse de Sansal : la Révolution s’est faite sous une idéologie nazie.
Thèse de Lledo : La Révolution a détruit une société fraternelle.
Il s’agit en définitive de faire le procès de la Révolution.
Aussi, la Caravane de Camus s’inscrit dans cette même optique :
Sarkozy va poser Camus comme passerelle de dialogue avec l’Algérie
indépendante, à travers une caravane qui va partir du Centre Culturel
Algérien de Paris pour sillonner les principales villes d’Algérie,
afin de nous expliquer Camus, avant de finir à Oran où il est prévu de
lui ériger une stèle. La caravane est financée par Rebrab et Merakchi.
Pourquoi nous expliquer Camus ? Sommes-nous incapables de le faire
nous-mêmes ? C’est que cette caravane est concomitante au projet de loi
sur la colonisation positive : en récupérant Camus, Sarkozy cherche à
établir que la colonisation fut bel et bien positive, puisqu’elle a
donné un prix Nobel. Autrement dit, l’horreur du colonialisme se
trouve réduite, masquée, derrière la figure du grand écrivain.
La disqualification de la Révolution algérienne apparaît de plus en
plus comme une stratégie pensée et non plus l’écho redondant de faits
isolés. C’est une stratégie de reconquête par la culture : la figure de
Camus remplace celle de Bugeaud.
Cette stratégie s’illustre par la conjugaison de trois faits :
- Loi sur la colonisation positive ;
- L’Union pour la Méditerranée ;
- L’érection de la stèle dédiée à Camus, et donc sa transformation en
symbole d’état.
Ce dernier point montre que la reconquête s’opère sur deux fronts :
présenter un nouveau visage positif du colonialisme, celui de Camus,
et proposer une identité algérienne incarnée par Camus.
Puis Yasmina Khadra met à son tour la main à la pâte : « Ce que le jour
doit à la nuit » nous présente une nouvelle version de l’Algérie
fraternelle durant l’époque coloniale, avec une histoire d’amour entre
un algérien et une française.
Puis les films : « Les hors la loi », et « L’Oranais », qui peignent les
révolutionnaires du FLN sous l’image de truands et de voyous.
Résultat de ce matraquage : insinuer de manière plus ou moins claire
que l’indépendance était une erreur.
L’origine de cette thèse remonte au discours de Charles de Gaulle, le
4 Novembre 1960, où il déclare : « Il ne peut y avoir de progrès de
l’Algérie sans la France. »
Ainsi, ce matraquage sous couvert d’art se réclame du droit à la
création pour revendiquer le non-droit à la critique. Or, ceux qui
protestent de la séparation de l’art et du politique sans ceux qui
justement usent de l’art pour présenter une thèse politique. Procédé
en vogue depuis la chute du mur de Berlin : on ne discute plus avec
l’auteur du processus de création, mais on lui demande de s’exprimer
sur tel ou tel fait politique, telle actualité, etc.
Cependant, l’art engagé n’est pas la défense d’une thèse, mais la
production d’une réalité esthétique qui, en suscitant l’émotion, va
amener la réflexion et le questionnement sur le sujet peint. Ainsi
quand Zola, dans l’Assommoir, ou Nana, décrit la misère de ses
personnages, il pose la question : comment les Lumières ont créé une
telle misère ? Une telle négation de l’humanité des hommes ? Et il pose
de même la question de la légitimité du recours à la violence par ceux
qui ont été ainsi rejetés de l’humanité, pour recouvrer leur dignité
d’être humain. L’art engagé pose donc la question des légitimités
humaines.
Enfin, dernière recrue en date : Kamel Daoud, qui s’acharne à
disqualifier le soutien au peuple palestinien en le réduisant à un
tribalisme arabe, et non une solidarité humaine envers un peuple
opprimé et privé de ses droits les plus fondamentaux.
Ainsi, la reconquête militaire et économique du monde par les
puissances coloniales, est tirée par la locomotive de la reconquête
culturelle, qui va définir le nouveau visage sous lequel va se
présenter le conquérant. Cette reconquête culturelle, à l’image des
conquêtes militaires, se fait via le recrutement de troupes internes,
que l’on promeut grâce à l’arme redoutable de la réussite :
médiatisation, distinctions, honneurs, prix, concourent à ériger le
collaborateur local comme modèle de réussite. (Suscitant ainsi le
désir mimétique – dont parlait René Girard – chez les jeunes, d’où
l’adhésion aux thèses présentées par le modèle. Note du rédacteur.)
Annexe :
« Le complexe du colonisé, c’est porter le discours colonial dans sa
tête. Il se traduit par l’obsession de s’extraire de l’indigénat, de
se distinguer de son peuple. »
« La réalité esthétique est ce qui te parle à travers l’émotion. »
« L’arme la plus redoutable du colon, c’est le cerveau du colonisé. »
« Les idées dominantes d’une époque sont les idées de la classe
dominante à cette époque. » Marx.

Djawad Rostom Touati


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