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La Raison occidentale et le prochain massacre à Ghaza

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mardi, 27 juin 2017 00:12

Le 15 juin 2017 Gideon Levy publiait une alerte sur la préparation
d’un massacre à Ghaza. Deux passages de cette alerte me semblent
intéressants. Le premier dénonce le réquisitoire tout prêt du procès
des palestiniens de Ghaza. Pas le simple procès du Hamas, mais celui
de tous les internés de cet immense camp de concentration, dans une
continuité dynamique du principe de responsabilité collective.

« Tous les résidents de Gaza sont des meurtriers. Ils construisent des
“tunnels terroristes” au lieu d’inaugurer des usines high-tech. Enfin,
comment expliquez-vous que le Hamas n’ait pas développé Gaza ? Comment
osent-ils ? Comment se fait-il qu’ils n’ont pas construit une
industrie en état de siège, une agriculture en prison et de la haute
technologie dans une cage ? »

Cette généralisation pousse des êtres, pourtant singuliers aux yeux du
Droit, vers une sorte de magma dans lequel elle les fond en masse
indistincte. La remarque de Gideon Levy a l’air, cependant de
souligner, comme un fait nouveau, un fait inédit, la plus vieille
discrimination connue dans l’histoire de l’humanité, celle des
identités des sociétés dites primitives puis des sociétés tribales.
On peut le comprendre pour des esprits formés dans l’affirmation de la
primauté du groupe quand cette primauté était nécessaire à la survie
du groupe et par conséquent à l’individu lui-même. Souvenez-vous que
la punition suprême dans les anciennes sociétés, était le
bannissement, équivalent d’une condamnation à mort sociale et
presqu’inéluctablement physique si le proscrit ne trouvait pas une
tribu d’accueil en manque de bras.

Pourtant la question palestinienne est une question internationale par
excellence. Nul ne peut ignorer qu’on applique aux palestiniens une
perception du droit et une perception de l’homme qui relèvent des
époques d’avant la naissance des Etats et du droit lui-même.

Nul ne peut l’ignorer, d’autant que les campagnes de solidarité
tenaces et répétitives se sont consolidées par les campagnes BDS qui
ont installé les luttes pour les droits des palestiniens et contre la
colonisation dans le quotidien le plus immédiat des européens en
touchant à la commercialisation des produits issus des colonies ou par
le boycott culturel et scientifique.

Gideon Levy annonce le massacre à venir, que seul un bouleversement
régional pourrait éviter aux internés de Ghaza, au moment d’une
extraordinaire campagne de presse et de pression sur différents pays
comme la Turquie, pour soutenir la Marche des Fiertés pour le droit
des LGTB à la procréation assistée.

Pourquoi Gideon Levy relève l’anachronisme alors qu’il passe
totalement inaperçu dans ces médias et ces capitales si promptes à
réclamer de tous le respect du principe du droit ? Pour les
gouvernements et les médias dominants et de la domination, vous
connaissez la réponse : ils sont au service d’une fabrication de la
perception utile à leurs intérêts, à leurs buts politiques immédiats
ou lointains. Ils sont devenus des soldats sur le front, aujourd’hui
décisif, de la perception et de la narration des faits. De la
narrative, selon Grasset.

Il est plus surprenant que les opinions publiques suivent cette voie
de la vision, disons, communautariste. C’est bien de cela qu’il
s’agit, dès que sur un problème réel, une émotion ou un fait fabriqué,
s’interprète par généralisation. Or, l’élément fondamental de la
construction de la suprématie banche et de la justification de
l’entreprise coloniale, est précisément que l’Europe, auto-désignée
Occident, et l’homme blanc, nous apportaient les lumières de la
Raison. Cette même Raison qui stipule qu’un principe est universel ou
n’est pas, qu’il est général ou n’est pas. C’est encore plus
contraignant pour le Droit.

Bien sûr, aucune élite des résistances anticoloniales, n’a gobé la
couleuvre. Elle ne leur était pas destinée de toutes les façons, mais
destinée aux élites des pays européens eux-mêmes. Dans un livre de
Maspero, que tous devraient lire, « L’honneur de Saint Arnaud » (2)
(il s’agit du criminel qui a laissé derrière, dans notre pays, un
cortège sinistre de meurtres de masse, de massacres, d’actes
génocidaires, d’enfumades) évoque la figure de son grand-père (2)
médecin, humaniste, bienveillant qui partage les idéaux de la conquête
coloniale sur cette base précisément, qu’elle apporterait au reste de
l’humanité les bienfaits de la Raison. Aujourd’hui comme hier, les
enjeux de la « fabrication » d’une perception du monde sont d’abord
des enjeux du « Centre capitaliste » si nous reprenons à notre compte
la classification de Samir Amin, en ce qu’elle porte
d’approfondissement réel de la théorie de l’impérialisme.

L’entreprise du meurtre colonial était bénie par des élites
bienveillantes. Elles avaient entre les mains, les informations, qui
les poussaient vers cette compréhension du fait colonial comme fait
civilisationnel. François Maspero nous livre cependant dans son texte
la trame subconsciente de la pensée qui fait que le citoyen français
de province ou de Paris, cultivé, instruit, abreuvé aux sources
grecques et latines, humaniste selon le sens de l’époque (c’est-à-dire
détaché de la pensée cléricale et cherchant les ressorts de l’action
de l’homme hors des voies impénétrables de Dieu) pouvait être sur les
mêmes positions que les flibustiers de la traite des noirs et des
massacres coloniaux. Ce citoyen doué de Raison partageait avec le
criminel, justement, que nous étions des communautés. Mettez les noms
que vous voulez, noirs, arabes, peaux-rouges ou peau de citron, nous
étions à leur yeux la répétition à l’identique du même au sein même
dans nos communautés.

Dans la foulée, ils nous ont collé des identités labiles mais
collantes, des identités interchangeables au besoin, car ils en
étaient les émetteurs. Nous pouvions être des arabes ou des musulmans,
selon le contexte. Idem pour les humains des autres endroits de la
planète, vous avez le choix entre désigner pas la couleur, par la
religion, par l’ethnie.

A partir de là, se crée la zone grise, rouge pour nous et par notre
sang versé, du sens.

Nous sommes restés des communautés, religieuses, ethniques, exotiques
ou pas, mais pas des identités nationales. Avec dans cette zone grise,
des réalités impensés.

La Palestine, c’est forcément le Hamas ou Yasser Arafat (ne faisons
pas injure à cette terre et à ce peuple de nommer Mahmoud Abbes) mais
jamais l’Archevêque Atallah Hanna. C’est la pensée occidentale qui
fait ce tri spontané, un spontané qui surgit des équivalences et des
associations de mots et d’idées, qui nous renvoie à une image des
choses plus qu’aux choses elles-mêmes.

Si ce renvoi spontané des « Autres » à une identité communautaire,
forcément minorée, reste récurrent, c’est bien parce cette idée des
autres est le soubassement désormais caché par la construction
théorique qu’il soutient.

Houria Bouteldja et les Indigènes de la République auraient écrit
"communautés racisées". Et du point de vue de la pensée et de
l’analyse ils ont raison d’élargir ainsi la pensée de Fanon mais aussi
la pensée anticoloniale en général.

La longévité de cette vison communautariste est également entretenue.
Battue en brèche, au moins parmi les élites à l’époque des guerres de
libération et du mouvement communiste, elle règne désormais presque
sans partage, en dehors des quelques formations militantes
anticolonialistes et anti-impérialistes.

C’est cette hégémonie d’un subconscient communautariste qui nous
ramène au cœur des aveuglements surprenant : pourquoi l’écrasante
majorité des opinions publiques occidentales ne voient que les Etats
arabes qu’ils combattent sont laïcs, protègent les doits religieux des
minorités et notamment les églises, octroient des droits avancés aux
femmes et leur assurent l’accès aux universités et aux emplois
publics, leur ouvrent les plus hautes responsabilités ?

Comment ces élites européennes ont pu passer à la trappe que le
Hezbollah a protégé les églises ce dernier Noël 2016 et pour les
festivités du Nouvel An au Liban ? Ou que les Eglises étaient en bien
meilleure position, sous Kadhafi ?

La situation faite aux chrétiens d’Irak est encore plus dramatique et
peut-être irréversible.

C’est quand même curieux, non, que ces opinions publiques ne voient
pas que le principal conseiller politique d’Al Assad est une
conseillère, une femme, Boutheïna Chââbane, que le mouvement
palestinien a désigné en France une ambassadrice, Laïla Shahid, et que
la dirigeante palestinienne Hanae Ashrawi, née d’un père de confession
anglicane, a été ministre de l’Enseignement Supérieur et de la
recherche.

C’est la famille des Saoud, et toutes les familles régnantes du Golfe,
dont on ne voit nulle parrt, la moindre trace de partage de ces « 
valeurs » de laîcité ou de libération des femmes, ou de protection des
minorités qui sont les « amies » adulées et respectées d’Israël et de
l’Occident.

Ne demandez à aux modernistes algériens amis d’Israël, de ses prix du
cinéma ou de la littérature, de nous expliquer par quel miracle ils se
retrouvent amis des wahhabites du Golfe via leur amitié pour Israël ?

Gideon Levy a raison de souligner, que les palestiniens seront jugés
au nom de la responsabilité collective, avec l’approbation de
l’Occident Rationnel.

Faut-il rappeler à tous que ce jugement de la responsabilité
collective est commandement ou une autorisation divine donné à Josué
de massacrer (3) ? Et que les gouvernements de l’Occident rationnel, à
l’image de Sarkozy, Clinton, Cameron, Finkielkraut, BHL, Fabieus,
soutiendront le droit d’Israël à se défendre, selon les commandements
donnés à Josué.

La deuxième remarque importante de Gideon Levy, me dispense de lecture du sens :

« l n’y aura pas de guerre à Gaza, parce qu’il n’y a personne à Gaza
pour combattre contre l’une des armées équipées des armements les plus
puissants au monde, et cela même si le commentateur des questions
militaires à la télévision, Alon Ben David, affirme que le Hamas est
capable d’aligner quatre divisions.

Les habitants de Gaza sont les sujets d’une expérience conjointement
menée par l’AP et Israël : peuvent-ils survivre avec une heure
d’électricité par jour ? Est-ce que 10 minutes ne suffiraient pas ?

Il n’y aura pas davantage la moindre bravoure (israélienne) à Gaza,
car il n’y a aucune bravoure à attaquer une population sans défense.
Et, bien entendu, il n’y aura ni moralité ni justice à Gaza, car il
n’y a ni moralité ni justice dans le fait de se lancer à l’assaut
d’une cage scellée pleine de prisonnier qui n’ont même aucun endroit
vers où fuir, s’ils en avaient la possibilité.

Donc, appelons un chat un chat : c’est bien d’un massacre qu’il
s’agit. Et c’est de cela qu’ils parlent actuellement en Israël. Qui
est pour un massacre, et qui est contre ? Serait-il “bon pour Israël”
 ? Contribuera-t-il à sa sécurité et à ses intérêts, ou pas ?
Provoquera-t-il la perte du pouvoir par le Hamas, ou non ? Sera-t-il
favorable aux intérêts électoraux du Likoud ou pas ? Israël a-t-il le
choix ? Bien entendu que non !

Toute attaque contre Gaza se soldera par un massacre. Rien ne peut le
justifier, parce qu’un massacre est injustifiable. Nous devons donc
nous demander : sommes-nous pour un nouveau massacre à Gaza ou non ?

Les pilotes sont déjà à l’échauffement sur les routes, tout comme les
artilleurs et les femmes soldats qui manipulent des joysticks [pour
piloter à distance les drones de l’armée – NDLR]. Une heure
supplémentaire chaque jour sans électricité à Gaza, et ce sera le
signal : des roquettes Qassam. Israël, cette fois encore sera la
victime, et des millions d’Israéliens se réfugieront dans des abris
une fois de plus. “Nous sommes sortis de Gaza et regardez comment ils
nous récompensent. Oh le Hamas, ces assoiffés de guerre, les plus
cruels d’entre eux tous…”.

Mais quel autre moyen reste-t-il à Gaza pour rappeler au monde son
existence et sa détresse inhumaine, hormis les roquettes Qassam ? Ça
fait trois ans qu’ils étaient tranquilles, et voilà qu’ils sont les
sujets d’une recherche menée conjointement par Israël et l’Autorité
Palestinienne [de Ramallah] : une grande expérience menée sur des
cobayes humains. Est-ce qu’une heure d’électricité par jour suffit
pour une existence humaine ? Peut-être que dix minutes seraient
suffisantes ? Et qu’arrive-t-il à des humains sans électricité du
tout ? L’expérience est en cours, les scientifiques retiennent leur
souffle. Quand la première roquette tombera-t-elle ? Quand le massacre
commencera-t-il ? »

Est-ce qu’à Ghaza vivent des LGTB en quête de procréation assistée ?
L’Europe veillerait-elle à leur droit à la vie et à aller acheter de
la vie dans ce nouveau créneau du marché et du profit ?

M. B

In La Tribune du 27 072017

http://www.pourlapalestine.be/gaza-...
http://www.haaretz.com/opinion/.pre...

http://www.seuil.com/ouvrage/l-honn...
http://danielbensaid.org/L-Honneur-...

http://larevuereformee.net/articler...
https://www.bible-service.net/extra...


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